Un mois après la sortie de Woman, leur troisième album, il est temps de faire le point sur le cas Justice. L’album a été accueilli de façon, sans surprise, divisée. Entre les fans de la première heure ayant délaissé parce que « c’était mieux avant » et les nouveaux admirateurs, il fallait que j’y mette mon grain de sel. Surtout que je fais partie de cette infime partie qui aiment également le deuxième album, Audio Video Disco, qui avait pas mal divisé lui aussi à sa sortie, surtout après le fabuleux morceau en quatres parties, « Planisphere », qui avait mis tout le monde d’accord.

Parmi les singles, force est de constater que les choix ont été bons, car « Randy », « Safe and Sound » ou encore « Alakazam ! » passent bien, même très bien, en particulier le premier, pop song clairement dans leur registre, tout en marquant cette évolution de leur sonorité. Celle-ci se veut encore plus proche des albums de leur idôles, se complaisant à la fois dans un album plus qu’un enchaînement de singles, et une variété rappelant quelques grands classiques des années 70/80. L’album se veut cependant plus homogène que le précédent en utilisant seulement deux seuls featuring pour toute la galette, dont Morgan Phalen, déjà présent sur Audio Video Disco pour pousser la chansonnette avec le single « On’n’On ». Le deuxième à s’y coller n’est autre que Romuald, auteur d’un tube french touch, « So In Love With You », de la bonne époque, comme on dit. Cette homogénéité est à la fois une bonne et une mauvaise chose, car cela donne lieu à quelques morceaux un peu redite, comme le sympathique mais pas indispensable « Pleasure » et ses claviers en mode Supertramp. Et c’est d’ailleurs une nouvelle fois la force du duo française : proposer des mélodies et des accords qui sentent bons, inspirés, et bien que pas forcément toujours tubesques. Ca marche et ça caresse l’oreille de l’auditeur, comme ce passage à la fin de « Heavy Metal », synthés perdus au loin ou les violons qui cloturent « Safe and Sound », la suite spirituelle de « D.A.N.C.E. » avec sa guitare funky et ses choeurs d’enfants. Pour autant, même si tout est beau, on se sent en territoire connu. Celui de Justice.

Pour « Fire », morceau faisant écho à la sortie de l’album, le duo a choisi de s’illustrer dans un road trip, accompagné de la belle Susan Sarandon. Parfait clin d’oeil à Thelma et Louise où jouait l’actrice, l’un des trop rares films à donner un rôle important et bien badass aux femmes au début des années 90. Comme quoi, ils ne l’ont pas volé, ce nom d’album. Au micro de l’émission Clique, les deux comparses déclaraient d’ailleurs que ça serait l’album pour faire danser les femmes. Rangez vos torses bombés de sueur lors des concerts, les soutiens gorges vont voler !

Au titre de potentiel single à l’avenir, reste sûrement « Stop », morceau portant à la fois le parfum de l’album dont il est tiré tout autant que la patte du duo (la voix, le petit solo de guitare, le rythme groovy et le refrain catchy, tout le monde répond à l’appel). « Chorus » sera donc la piste plus brutale de l’album, qui devrait donner tout son sens en live. Néanmoins, il ne s’agit pas là d’un morceau prenant à la « Stress ». Il faut plutôt imaginer une sorte de banger spatial à la sauce rock progressif (le petit solo de guitare faisant naturellement son effet). Déroutant au début, il fait son affaire par la suite.
Pourtant, malgré ses qualités indéniables, on reste sur notre faim avec certains titres de la deuxième partie de l’album, comme par exemple « Love S.O.S. », plutôt dispensable avec sa sirène omniprésente tout autant qu’agaçante. Puis, heureusement, vient sûrement l’une des plus belles pièces du tableau avec en fermeture « Close Call », magnifique morceau dans la veine de « Presence », morceau bonus caché à la fin du précédent album. Rien que pour ça, l’album vaut la peine de s’y pencher et surtout d’y revenir.

Autrefois adulés par toute une génération de clubbers et d’amateurs d’electro qui tâche, Justice a indéniablement perdu une grande partie de cette première fanbase, la plus hardcore, au fil des années, des albums. Est-ce du à la qualité des albums ? Non. Avec Woman, leur troisième album en 10 ans, les gens commencent, enfin, à comprendre le but de Justice, et surtout l’évolution flagrante depuis « We Are Your Friends », en 2006. Ne serait-ce qu’en terme de production, si ce dernier sonne un peu cheap, quoique incontournable pour réveiller le dancefloor. Les productions de Woman semblent à mille lieux de leur débuts, et Justice peut enfin clamer haut et fort qu’ils sont des musiciens, et des bons ! Enfin, bien qu’il manque la petite étincelle pour en faire un incontournable, sachons rester humble : dans leur domaine, rares sont ceux qui sauraient faire mieux…

La prochaine étape restera le live, pierre importante dans l’édifice Justice, marqué par des passages d’une magnifique violence autant que de l’appel à la danse. Difficile donc d’imaginer l’album rejoué tel quel cette fois. On espère toujours l’apport d’une bonne grosse guitare qui tâche, d’un batteur, d’un groupe pour donner vie à tout ça quoi ! Ce qui ne semble plus tout à fait impossible depuis que les Daft Punk se sont laissé tenté à jouer avec un groupe au complet le temps d’une performance courte mais mémorable. On peut toujours rêver.

 

Crédit photo : So-Me

A propos de l'auteur

Rédacteur Electro

Graphiste et boulimique de musique à ses heures perdues. Est tombé sur la musique électronique quand il était petit.

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