A l’heure où l’on apprend que la jeune anglaise Rosie Lowe travaille (déjà !) sur son deuxième album, il est temps de faire le point sur l’année 2016, qui est sienne, avec la sortie de son premier album, Control, ainsi que des collaborations bien senties en marge de ce premier long format.

Comment présenterais-tu ton album, Control ?
Rosie : j’ai écrit la majeure partie à Devon, chez moi, dans la campagne. Avant de le commencer, je voulais qu’il soit très minimal en terme de paysage sonore et que le cœur de l’album soit l’écriture et la composition, car c’est vraiment ma passion. Et je voulais qu’il soit honnête. Je sentais que c’était le moment de le faire. Je me disais, c’est ici que je suis, c’est ici que je serais vulnérable. Il y avait pas mal de choses que je voulais faire. Je voulais que la production et les sonorités viennent en soutien à cette composition. J’ai joué la plupart de cet album dans ma chambre, et ensuite l’ai produit et amené à mon producteur, Dave Okumu. On l’a coproduit, etc. Ca a été un long processus mais c’était bien.

Depuis combien de temps as-tu commencé à écrire pour cet album ?
Je dirais une année et demi, deux ans ? Au moins une année complète. J’écris depuis des années pour ce premier album à vrai dire. Et c’est pour cette raison que le deuxième album est difficile, car tu as moins de choix pour le faire.

Quelle serait, selon toi, la partie dont tu es la plus fière dans cet album ?
C’est difficile à dire parce que j’ai été plongée dedans. C’est un tout indissociable pour moi. Du coup, je ne sais pas trop, mais je suis une fois encore très fière de la production et de la composition. Chaque chanson signifie quelque chose pour moi et je me reconnais dans chacune d’elle. Et ça j’en suis fière. J’ai l’impression que chaque titre à sa place sur l’album.

Quel est le premier élément que tu crées pour une chanson ?
J’ai besoin d’exprimer toutes les phases par lesquelles je passe. Je dirais, le sujet et les émotions viennent en premier, et à cela s’ajoute souvent la mélodie. Je prends le tout et je commence à enregistrer les voix, avant le piano. Et ensuite on passe à la production.

Quelles sont tes sources d’inspiration pour créer ce son qui est le tien ?
Une fois encore, c’est assez dur à dire. Les gens disent souvent « j’entends ça et ça » et je suis là « oh, vraiment ? ». Je suis tombée amoureuse d’Erykah Badu, qui est une grande inspiration pour moi en tant que musicienne et en tant que femme. Elle est phénoménale et ne fait pas de compromis, j’adore ça. J’aime aussi D’Angelo, Anderson Paak, Gabriel Garzón-Montano,… je pourrais continuer longtemps ! Je pense que c’est parce que ce sont des paroliers qui ont des choses à dire. C’est ce qui m’intéresse chez eux. La voix est puissante également mais je pense que, combinée aux paroles, cela donne quelque chose de spécial.

Est-ce difficile d’être une femme qui n’est pas juste « la chanteuse » dans l’industrie musicale ?
Oui, bien sûr, c’est difficile. Mais c’est difficile dans n’importe quelle industrie. Je crois que les choses ne peuvent que s’améliorer en en parlant. Et je pense que mes paroles sont reconnaissantes envers ça. Oui, ça peut être vraiment dur. Tu dois juste construire une très bonne équipe autour de toi, et ça m’a pris du temps de le faire. Et maintenant j’ai une belle équipe et un bon groupe.

Je sais que tu préfères travailler de ton côté. Était-ce du coup différent avec Machinedrum, Little Simz ou Lil Silva ?
Eh bien, j’écris la plupart du temps de mon côté mais c’est bien aussi de faire des collaborations, c’est important. C’est une expérience différente. Je ne travaille qu’avec des personnes avec qui je m’entends bien et les amis. Ils comprennent où je me situe, ont une vision similaire des choses. Avec Machinedrum, c’était d’une facilité ! On a écrit « Worry Bout Us » en quelque chose comme trois heures, et on a écrit trois autres chansons durant la journée ensemble. Donc, oui, c’est vraiment agréable.


Pour cet album, je voulais que ça soit principalement moi. Je voulais qu’il soit, en quelques sortes, une incarnation de moi. Maintenant, je me dirige vers mon second album et j’espère vraiment collaborer d’avantage et essayer différentes choses. C’est vraiment passionnant cette prochaine étape.

Donc le second album sera très différent au niveau des paroles, moins personnel ?
Je pense que je ferai toujours de la musique personnelle car c’est très important. Je ne sais pas à quoi ça ressemblera. Les gens me demandent mais je ne suis pas sûre encore. Ça peut être très personnel, ça peut être moi qui ferait tout toute seule de nouveau, mais je vais y aller et voir où ça me mène. Ce sera peut être optimiste et joyeux, qui sait !

J’ai entendu dire que tu écrivais déjà à l’âge de 14 ans…
Oui, peut-être plus jeune même, mais oui. Pour moi, écrire est comme une thérapie. C’est vraiment nécessaire. Si je ne le faisais pas au niveau professionnel, je le ferais quand même.

Mais, concrètement, qu’est-ce que ça valait à cet âge là ? Tu penses que tu pourrais t’en servir un jour ?
Jamais de la vie ! C’était mauvais et je suis une autre personne maintenant. Et puis, tu progresses. Quand tu commences avec n’importe quoi, tu n’as pas les meilleurs outils pour mettre à l’écrit ce que tu veux ou pas. J’ai encore beaucoup à apprendre mais je profite. Alors que maintenant je peux compléter mes idées et je me dis, oui, c’est comme ça que je veux que ça sonne. J’aurais aimé apprendre plus tôt à faire de la musique.

Il y a une chanson qui s’appelle Nicole, c’est une amie à toi ?
Ma meilleure amie !

Comment a-t-elle réagi à la chanson quand elle l’a entendue ?
Elle aimait bien, je veux dire, je ne savais pas que ça allait être sur l’album à ce moment là. Je l’ai écrite pour elle et lui ai envoyée, car je n’arrivais pas à exprimer ce que je ressentais pour elle. Et elle avait l’habitude de recevoir des chansons de ma part. J’écris toujours des chansons pour mes ami(e)s. Et c’est ma meilleure amie depuis qu’on a quatre ans donc elle a l’habitude. Je lui ai demandé si je pouvais la mettre sur l’album. C’est assez honnête, et j’adore la chanter.

Est-ce que tu as peur parfois de monter sur scène, vu que c’est un album personnel ?
Ouais, je peux être très nerveuse. Cela dépend de la scène et comment s’est passé le soundcheck avant, comment je me sens, si je suis fatiguée… Je suis toujours nerveuse, ma voix tremble toujours sur les premières chansons. Mais quelqu’un m’a dit que le jour où je ne serais plus nerveuse sera le jour où je devrais m’inquiéter car ça voudra dire que je n’accorderai plus d’importance à la musique.

Tu as dit dans une interview pour The Guardian que tu aimerais produire pour quelqu’un d’autre. As-tu finalement pu le faire depuis, ou tout du moins, pour qui aimerais-tu le faire ?
J’en ai fait un peu. Mais pour être honnête, je n’ai pas vraiment le temps de m’y pencher pour l’instant car j’ai été pas mal occupée et je ne me sens pas encore assez confiante. Donc, oui, c’est vraiment quelque chose sur lequel j’aimerais me concentrer l’année prochaine. Mais j’ai besoin de temps pour moi, devant mon ordi pour vraiment réapprendre.

Quel est l’album que tu attends le plus cette année ?
J’ai écouté l’album de The Invisibles, Patience, et il est génial. La plupart de mes albums préférés sont sortis l’année dernière, donc je pense à Kendrick qui pourrait en sortir un ! Jamie Woon, je l’adore mais c’était l’année dernière donc il ne devrait pas en refaire un cette année…

Quel est le souvenir le plus mémorable que tu aies de la musique de David Bowie et Prince ?
Pour Prince ça serait « If I Was Your Girlfriend », ma chanson préférée de tous les temps. Et Bowie, j’ai adoré Blackstar, il est incroyable. C’est un album phénoménal, même si quand je l’écoute je pleure… Et MJ, et Amy… il y en a trop, qu’est-ce qui se passe ? Enfermez les musiciens ! [rires]

Pour terminer sur une meilleure note, quelle chanson aimerais-tu reprendre ?
Je pense que les reprises sont difficiles à faire. Je ne veux pas reprendre les chansons que j’aime, elles sont déjà parfaites ! Donc si je reprends quelques chose, ça ne sera pas aussi bien que l’originale. Je ne sais pas, peut être de Kendrick ? Ou de Michael Jackson. J’ai repris Sade en live que j’adore : classique !

Si à ses débuts, lors de ses premiers singles, la chanteuse était souvent injustement classée aux côtés des Banks & co de par son approche r’n’b, Rosie Lowe a finalement réussi le pari de se démarquer avec son premier album, très personnel, et porté par des titres flirtant aussi bien dans l’uptempo que la ballade, ou bien un mélange des deux, comme sur le point d’orgue de Control, « Woman ». En ressort un album personnel qui ne peut que laisser présager du bon pour la suite. Sur disque comme en live, on rentre dans l’intimité presque jazzy de la chanteuse et de sa voix douce et pourtant très caractéristique. A la seule différence que, contrairement à Banks, Rosie Lowe n’a aucun problème à tenir la note de façon habile. On se dandine généreusement devant tant de cohérence en se disant que, reprendre Sade et s’inspirer d’Erykah Badu, ça ne pouvait qu’être de bonne augure.

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Crédit photo : Cédric Oberlin

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