Un chant profond et habité, un son tout en clair-obscur, voici les ingrédients du cinquième album d’Emily Jane WhiteThey Moved in Shadow All Together est sorti en avril mais il accompagnera parfaitement vos longues soirées d’hiver. Avec l’élégance et la simplicité qui la définissent, la californienne signe un disque d’une grande classe, autant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, déjà, avec cette communion (enfin) parfaite entre le songwriting tout en finesse de la folkeuse et les arrangements subtils de ces deux compagnons de route, Shawn Alpay et Nick Ott. Et sur le fond avec, bien entendu, la plume d’Emily toute en retenue mais d’une justesse flamboyante qui aborde, à travers les aléas de l’existence, les maux de notre société. Sans aucun doute, un album nécessaire.

Comme sa musique, la NP Tape concoctée par Emily Jane White est douce et fait un bien fou aux oreilles : de Nina Simone à Chopin, en passant par la BO de Twin Peaks, plongez dans l’univers nuancé de la californienne. Et si vous voulez prolonger le plaisir, nous vous conseillons très fortement ses concerts à l’occasion des 15 ans de son superbe label Talitres (le 09/11 à la Maroquinerie et le 12/11 au Rocher de Palmer – Bordeaux). Une chose est sûre : voyage sonore garanti.

Patsy Cline – Walking After Midnight : Je me rappelle marcher dans le couloir du lycée vers la chambre noire du labo photo, et arrivée à cette chambre, cette chanson était en train de passer à la radio. Je me rappelle avoir pensé : « Qui est-ce ? J’aimerais pouvoir chanter comme elle ». C’est ma chanteuse de country classique préférée comme Johnny Cash l’est pour les hommes. Tous deux transmettent une mélancolie et une tristesse qui parle à l’universalité des émotions humaines

Nina Simone – Sinnerman : parmi les chansons optimistes de Nina Simone, c’est mon interprétation favorite. J’adore tout le travail de Nina Simone mais ces chansons, comme celle-ci, qui mettent en lumière sa virtuosité au piano, sont vraiment stupéfiantes. La maladie tout au long de sa vie a été canalisée par son travail et son potentiel maîtrisé, même si elle a été sous-estimée et qu’elle a été la cible directe du sexisme et du racisme et de l’industrie musicale. Son travail a une très grande influence sur moi.

Julee Cruise – Into the Night : j’adore conduire à travers les petites villes et écouter la bande-son de Twin Peaks. Je me sens comme dans une réalité alternative. Cette chanson est de loin ma préférée de tous les morceaux mais il est important d’écouter la bande-son entière et dans l’ordre. Vous devez expérimenter chaque tableau et vous permettre un temps d’entrer dans un monde différent. Cette soundtrack marie vraiment bien mon environnement actuel à quelque chose d’irréel et d’imaginaire. Ces voix simples, ce rythme, ce synthé mystérieux en fond créent une ambiance instantanée. Quand un morceau arrive justement à créer un tel effet sur l’auditeur, je considère que c’est une réussite.

Townes Van Zandt – Waiting ‘Round to Die : le plus triste et le plus noir Americana folk de la fin des années 60. Il est mon artiste ultime dans le genre. Sa technique, son lyrisme et sa nature poétique lui permet de plonger dans des endroits plus profonds et plus sombres que la plupart de ses contemporains. Beaucoup de ses chansons frappent la plus profonde partie du cœur et il n’est pas facile pour tout le monde de le supporter. C’est cette partie que j’apprécie le plus dans la construction d’un morceau. Le but du songwriting est d’explorer au plus profond un sujet ou un état d’esprit et d’offrir à l’auditeur une place pour voyager et avoir sa propre expérience puissante. Cette chanson est le parfait exemple de la force de sa maîtrise.

Buffy St.Marie – The Vampire : j’ai appris cette chanson pour un hommage à Buffy en 2010. La passion et l’amplitude de sa voix sont envoûtants.

Kate Bush – Lily : ma chanson préférée de son album The Red Shoes.

Tori Amos – Winter : cette chanson m’a laissé une empreinte profonde durant mon adolescence.

The Cramps – Garbageman : les Cramps étaient mon groupe absolu entre 2000 et 2003. Le jeu de guitar de Poison Ivy m’a inspirée pour le pickup sur la guitare électrique et m’a appris quelques riffs de rock’n’roll et de rockabilly. Écouter souvent de la surf music et du rockabilly me met de bonne humeur, c’est comme un anti-dépresseur en accéléré ! Les Cramps étaient kitshs et absurdes de bien des façons. Cette chanson parle du genre que les Cramps occupaient, qui étaient mi-punk / mi-rockabilly avant d’être finit comme du psychobilly. Les paroles parlent du genre et de comment les Cramps se définissaient eux-mêmes.

« Yeah, c’est juste ce dont tu as besoin quand tu es au fond du dépotoir
Une moitié hillbilly, l’autre punk
Huit longues jambes et une grande bouche.
La chose la plus chaude du nord qui va vers le sud
Vous comprenez ? »

Chopin Nocturne Op. 20 in C Sharp Minor : mélancolie et optimisme en même temps. Chopin était bon pour ça.

Carl Perkins – Gone, Gone, Gone : Carl Perkins est l’un des plus importants pères fondateurs du rock’n’roll. Cette chanson est un vrai classique américain.

David Lynch & Peter Ivers  – The Lady in the Radiator Song (In Heaven) : le morceau principal de mon film préféré de David Lynch, Eraserhead. J’adore vraiment la scène que cette chanson introduit.

NP Tape : la sélection musicale d'Emily Jane White

Emily Jane White – They Moved in Shadow All Together
Disponible chez Talitres

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