Il y a de cela sept mois, l’une de mes plus fidèles et indispensables dénicheuse à pépites méconnues me laisse approcher le travail de Lindsey French, alias Negative Gemini, par le biais du morceau « Forget Your Future », sorti en 2015 sur l’EP Real Virtual Unison. Déroutant au début, accrocheuse au fil des écoutes, il me faudra plusieurs mois avant de tomber sur une autre pépite qui fera date pour mon année 2016 : « You Never Knew », ainsi qu’un live en petit comité qui n’est pas sans me rappeler Grimes juste avant la sortie de Visions, sans doute de par la façon dont elle joue le morceau en live. De titres en titres, je ressens le fort potentiel de la chanteuse, qui possède un univers bien à elle, finalement éloigné de celui de Grimes, jusqu’au jour où j’apprend la sortie de son deuxième album, Body Work, amorcé par le morceau titre, samplant du Britney Spears de façon habile. Très accessible mais malheureusement trop peu connue pour venir jusque sur notre continent, j’ai quand même réussi à obtenir quelques éléments de réponse de la part de Lindsey, qui est également la compagne de George Clanton, valeur sûre du mouvement vaporwave :

Quel est la signification de ton nom de scène, Negative Gemini ?
Lindsey : Ça ne veut rien dire. J’ai juste choisi arbitrairement des mots que j’aimais !

Quelles ont été les inspirations pour créer cet album ?
L : Habiter à New York. Je voulais écrire des chansons plus personnelles pour des raisons cathartiques. Ça a toujours été une motivation forte dans mon travail.

Quelle est la chose dont tu es le plus fière dans ton album, « Body Work » ?
L : Je suis fière de la façon dont il a été reçu jusqu’à présent ! Egalement du fait que j’ai voyagé et joué aussi loin que le Texas au Sud et l’Alaska au Nord, et que ça prenait pas mal sur la blogosphère !

Comment t’es venue l’idée de « You Only Hate The Ones You Love » qui est une version alternative de « You Never Knew » ?
L : J’ai tellement de différentes versions de « You Never Knew » et c’était une de celle-là, qui est en sorte la version qui a donné « You Never Knew« .

Et qu’en est-il de « Body Work« , qui utilise un sample de Britney Spears ?
L : J’adore Britney. D’ailleurs elle joue « Everytime » au piano quand elle la joue en live. Ça a commencé comme un remix de « Everytime » et j’ai fini par en écrire une chanson totalement différente sur la même note.

Qu’est-ce qui a changé depuis ton premier album (Forget Your Future) ?
L : J’ai confiance en moi et dans le fait de choisir mon propre chemin créatif. Ma production est devenue plus concentrée, au début je n’avais aucune idée de ce que je faisais en terme de mixage.

Quel est ton équipement pour les lives ?
L : C’est assez simple : un MicroKorg, une pédale pour la voix (Boss VE-20) qui est très sollicitée car elle peut enregistrer des FX et des boucles et également le très populaire sampler SP-404.

Des plans pour venir jouer en Europe ?
L : J’espère vraiment faire quelques concerts en Europe cette année ou la prochaine. J’aimerais retourner à Londres ou Paris bientôt ! Je n’ai pas encore de plans définis.

Quel serait l’accomplissement, ou ton rêve, en tant que Negative Gemini ?
L : J’espère en faire mon job à plein temps très bientôt, partir en tournée et enregistrer tout le temps. Je veux créer quelque chose qui soit vraiment efficace et persistant pour les gens.

Te considères tu comme faisant partie de cette nouvelle génération de femmes comme Grimes qui essaye de nouvelles choses ?
L : Je n’aime pas spécifiquement définir ma musique en fonction de ma féminité : je pense que je fais de la musique comme n’importe quelle personne le ferait, qu’il soit un homme, une femme ou autre. Mais je suis déterminée pour être un exemple de tout ça. J’ai commencé à bosser en solo parce que dans un groupe d’hommes, pas mal de gens assumaient que je n’avais rien à faire au niveau de l’écriture et de la production car je suis une femme. Je veux que l’on sache que j’ai fait ça moi-même, et je veux que les gens de tous sexes arrêtent d’interroger les capacités d’une femme dans le monde.

Comme tu as créé ton label avec ton copain, George Clanton, qui aimerais tu signer, au moins pour un EP ?
L : On est actuellement en train de rechercher le prochain artiste que l’on aimerait presser, mais il faut que ça soit le bon.

D’ici, on a souvent écho que New York, où tu habites, est une ville aux tendances qui changent constamment, par exemple au niveau de la musique. C’est vrai ?
L : Pour ce qui est de la mode, oui. Pour la musique, d’une certaine manière. C’est tellement une ville au centre culturel fort que les nouvelles choses passent ou commencent ici et c’est vraiment une influence si tu es créatif.

D’après la playlist de tes morceaux préférés sur Spotify, tu as des goûts éclectiques allant aussi bien de vieilles pépites électroniques des années 90 à la folk moderne de Angel Olsen. Si tu ne devais garder qu’un morceau, quel serait-il ?
L : Oh, c’est difficile ! « When You Sleep » de My Bloody Valentine.

Si le premier album de la new yorkaise, Forget Your Future, faisait plus office d’essai quelque peu brouillon mais très prometteur, avec quelques titres accrocheurs, ce « Body Work » engage la chanteuse sur un tout autre nouveau niveau : la production s’est enrichie, comme le prouve la nouvelle version de « Hold U », encore plus efficace que la précédente. Les tubes s’enchaînent, et le tout est mieux encadré, plus cohérent. On retrouve par exemple comme fil conducteur ces sonorités qui semblent venir tout droit des années 90 tout aussi bien que la fraîcheur des synthés servant de basses faisant danser l’auditeur sur « Nu Hope », voir quelques aspects clairement vaporwave. On comprend ainsi mieux que Lindsey French maîtrise la guitare, qu’elle réinterprête ici de façon électronique. Les kicks sont bien sentis, parés pour les clubs, comme l’atteste les anthem rave « Infinity » et « Break ». La voix de la chanteuse se veut tantôt lancinante, tantôt envoûtante. Difficile de passer à côté de l’imparable « You Never Knew », gros tube datant de l’année dernière, toujours aussi efficace. En résulte un album court, à consommer d’une seule traite, qui divisera sûrement les amateurs des morceaux où Negative Gemini passe derrière le micro, mais saura ravir le danseur en chacun de nous. Si les années 2010 n’ont pas réellement réussi à respecter la tradition consistant à ressortir ce qui faisait la gloire d’il y a vingt ans, Body Work est à la fois un bel hommage aux 90’s, où la dance music régnait sans complexe, où les films de dinosaures étaient tournés sans CGI, où les pubs étaient cools et marquantes, et où Warp Records posait les tendances électroniques. Et tout ça, on le retrouve ici, à la sauce 2016, à la sauce Negative Gemini. Sachant que ce projet est entièrement le sien, on ne peut dire que : chapeau, Lindsey !

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Crédit photo : Julia Nichols

A propos de l'auteur

Rédacteur Electro

Graphiste et boulimique de musique à ses heures perdues. Est tombé sur la musique électronique quand il était petit.

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