Il serait cruel de refermer l’année 2016 sans même parler du premier essai studio de Mick Jenkins, jeune pousse venant de Chicago. Au mois d’août des années 2014 et 2015, le natif d’Alabama a fait monter son buzz avec les petits (mais costauds) projets The Water[s] et Wave[s]. C’est sur cette base solide que le rappeur s’appuie pour nous livrer The Healing Component, via le label Cosmetic Music Group chez qui sont également signés Joey Bada$$, G Herbo ou encore Big K.R.I.T..

Quel est ce fameux composant thérapeutique (cf : « The Healing Component » littéralement) ? Où veut en venir le rappeur de 25 ans ? Aurait-il enfin trouvé le remède aux maux causés par le quotidien ? Est-ce l’eau, l’élément auquel il a dédié ses deux derniers projets ? Ou bien est-ce tout simplement le THC, ce composé actif que l’on retrouve notamment dans la cocaïne ? Non. C’est l’amour, c’est le cœur (d’où cette pochette d’album représentant l’organe à l’origine de nos battements).

Dès le premier titre, « The Healing Component », tout est dit : You see it’s really all love. Mick Jenkins est un adepte de la méditation et voit l’amour, évidemment, de façon romantique mais aussi et surtout d’une façon qu’on oublie ou que l’on néglige trop souvent : l’amour propre, l’estime de soi. C’est pour lui la première réponse au mystère, depuis toujours, qu’est l’amour.

And they be asking, « what do love got to do with the point? »
It’s the soothe in your water, it’s the truth in your joint
All that gold is overrated
What do you do with your coin?
We gon’ try to spread some love with it

Sur la forme, ce projet est dans la suite logique des travaux du rappeur de Chicago. Pourtant son travail ne résonne jamais de la même manière. Il trouve toujours une nouvelle façon de faire évoluer la recette. Sur The Healing Component, le travail de Mick Jenkins sonne moins aérien. La cohérence musicale n’est plus tant en apesanteur que pour Wave[s], comme un retour sur terre, tout en douceur. Cette homogénéité entre projets, malgré l’évolution, s’explique par le fait que Mick s’entoure des mêmes producteurs. Deux sortent du lot : Kaytranada et THEMpeople (collectif provenant de Chicago), responsables de plus de 60% de l’album. On peut également citer les BadBadNotGood dans les noms marquants, avec leur production angoissante pour « Drowning ». Un morceau suffoquant traitant des discriminations raciales de la police américaine face aux noirs. Mick Jenkins y reprend notamment le tristement connu « I can’t breathe », devenu depuis un slogan pour le mouvement Black Lives Matter.

La voix rauque du rappeur éclaire toutes les pistes et nous guide dans une séance de lecture presque religieuse. On croit en son discours et sa vision du monde alors qu’il n’a que 25 ans. Alors que pourtant, Mick Jenkins provient de Chicago, l’une des villes les plus violentes des États-Unis. Cela n’altère en rien sa croyance, son obsession même, pour l’amour. En tout et pour tout, on recense 181 fois ce joli mot, réparti sur 14 pistes. Seul un morceau de l’album (« 1000 Xans ») ne comporte pas le mot « love » sur The Healing Component.

But as far as this rap shit goes
If Drake ain’t holding down Quentin Miller
Why the fuck would I ever give any credit to you

C’est en connaissant la violence et en étant témoin de la haine au quotidien que le jeune prodige nous livre l’une des plus belles leçons d’amour de 2016. Bien entendu, elle est intimement cernée par la noirceur et le désespoir, la frontière entre l’amour et la haine étant parfois si fine. On le ressent, on le touche du bout des doigts même. Sur plusieurs titres, Mick reconnait avoir lâché prise et s’être égaré parfois. Le plus important est de toujours se ressaisir et partager l’amour (« Spread Love »), ressentir l’amour.

Bien accueilli par la critique, The Healing Component gagne à être écouté, encore et encore. Mick Jenkins nous offre un premier album complet, personnel, sombre et beau. Comme un ciel chargé laissant place à la quiétude et au bleu reposant. Un projet important qui nous fait attendre, désormais, encore plus de la part du talentueux rappeur de Chicago.

Soutenez Mick Jenkins en achetant The Healing Component.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.