C’était début octobre et c’était encore une fois une belle réussite. Pendant deux soirs, Amiens s’est réchauffée les oreilles avec des jeunes pousses et des artistes confirmés. Allez, c’est parti.

Jeudi 8 octobre

Heureusement que j’ai un métier qui me permet des souplesses dans mon emploi du temps ! Parce que même en tant qu’habitante de Paris (non, je ne suis pas parisienne), le déplacement à Amiens un jeudi, c’est tout un programme (coucou la SNCF). Arrivée dans le froid et le gris, direction la Lune des Pirates. Au programme de ce premier soir ? Les petits locaux Edgär et la demoiselle venue de Suède, Nicole Sabouné.

Edgär

Il est 20h30 pétante, le duo amiénois entre sur scène. Leur formule ? Un set électro – acoustique où les machines se mêlent aux guitares des deux garçons. On reconnaît l’un d’eux, Antoine, qui officiait chez les Sweet Haze (petit rattrapage ici). Bon, ça ne casse pas trois pattes à un canard mais c’est sympa. Des boucles électro simples mais entraînantes, des paroles pas très compliquées, Antoine et Ronan ne se prennent pas la tête et balancent leur son avec une joie de jouer évidente. On regrettera juste des petites faussetés et qu’ils expirent un Shakespeare très français (si vous reconnaissez la référence, je ne peux plus rien pour vous). Mais comme dirait l’autre, petit deviendra grand. C’est tout le mal qu’on leur souhaite !

crédit photo : Olivier Paul Thibaut

crédit photo : Vincent Héquet

crédit photo : Olivier Paul Thibaut

crédit photo : Olivier Paul Thibaut

Nicole Sabouné

Je l’avoue maintenant, quand j’ai lu le communiqué de presse avec les mots « punk new-wave » dans le paragraphe consaré à la suédoise, j’ai pris peur. Pourquoi ? Parce que c’est un peu comme nous avec nos chers petits groupes français actuels qui persistent à imiter ce pauvre Bashung, la punk new-wave, c’était mieux avant. Mais bon, je n’ai pas fini ma pinte, autant jeter une oreille. Vous connaissez l’expression « il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis » ? Eh bien je peux vous dire que je me suis sentie sacrément intelligente après coup. Un morceau et une claque musicale plus tard (la puissance de « The Body » !) et Nicole me confirme que le genre a encore de beaux jours devant lui. Comment un si petit bout de femme peut-il contenir autant de charisme et de magnétisme une fois sur scène ? On se surprend à entendre des soupçons de Patti Smith et de Sinead O’Connor (celle de Nothing Compares bien entendu) dans la voix. Et que dire des musiciens qui l’accompagnent ? Habités, au service complet de sa majesté Nicole, ils déroulent des arrangements percutants et hypnotisants. Mention spéciale à « Rip this world », mythique. Je ressors soufflée de ce set de haute volée.

crédit photo : Olivier Paul Thibaut

crédit photo : Vincent Héquet

crédit photo : Olivier Paul Thibaut

crédit photo : Olivier Paul Thibaut

Vendredi 9 octobre

Une ballade dans la campagne picarde plus tard, me voilà de retour sur le festival pour une deuxième soirée que j’attendais avec impatience. C’est cette fois-ci dans le très beau cirque Jules Verne que l’équipe du Festiv’art donne rendez-vous au public tôt dans la soirée (beaucoup trop tôt !) pour les lives de Bror Gunnar Jansson et des Moriarty.

Bror Gunnar Jansson

Il a un nom à coucher dehors mais une classe folle. Lui, c’est Bror, dandy suédois venu à Amiens dans la ferme intention de tout balayer avec sa musique blues-rock. Tâche difficile quand on est seul sur scène à manier guitare, percus et chant en même temps. Mais défi amplement relevé. Le seul bémol ? Le cirque n’est pas forcément le lieu adéquat pour découvrir ce géant du son. Eh oui, quand on est en fond de salle et que le petit (mais grand de taille) est assis pour les besoins de son set, on ne peut apprécier pleinement la virtuosité de mister Jansson. Ce détail passé, je suis tout de même restée clouée devant le bluesman et ses récits emplis de fêlures. Un regard autour de moi ? Je ne suis apparemment pas la seule. On dit que Robert Johnson avait vendu son âme au diable pour jouer un blues à la limite du mysticisme. Je ne sais pas ce qu’il en est du côté de Bror. Mais le devil, il l’a assurément rencontré pour nous sortir un son pareil. Si vous ne l’avez pas déjà fait, jetez-vous sur les deux albums du kid de Suède. Et mieux, allez le voir en live. Vous ne regretterez pas.

crédit photo : Olivier Paul Thibaut

crédit photo : Antoine Petit

crédit photo : Olivier Paul Thibaut

crédit photo : Antoine Petit

Moriarty

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu les Moriarty / Rosemary Standley en live. L’histoire d’amour remonte à 2008 et un premier album somptueux Gee Whiz but This  Is a Lonesome Town. Une inventivité sans cesse renouvelée, une complicité évidente, la belle bande des Moriarty a su s’installer durablement dans les oreilles d’un public toujours plus grand. Mais voilà, comme dans toute histoire d’amour, tout n’est pas rose. C’est donc mitigée que j’ai accueilli leur dernier opus Epitaph, moins inventif à mon sens que leurs précédents essais. Peut-être qu’en live, la réconciliation aura lieu avec le dernier né de la famille. C’est parti, levé de rideau (façon de parler, il n’y en avait pas), Stephan et Rosemary arrivent sur scène. Première joie : c’est avec le micro unique que les copains entament leur set. Serrés autour de ce fil conducteur, le voyage musical peut commencer. Un voyage entamé de bien belle manière avec le sublime « Matty Groves » et l’histoire de ces deux amants maudits. Une telle mise en bouche ne pouvait déboucher que sur un concert somptueux. Une fois la bande au complet, les Moriarty enchaînent les récits avec une malice et une générosité sans pareille. Je me surprends même à apprécier des morceaux comme « When I Ride » ou « Long Live the (D)Evil » qui m’avait laissée de marbre sur galette. Ça doit être ça la magie Moriarty. Vous croyez que leur grande expérience du live leur ferait construire un set carré et sans à-côtés ? Que nenni ! Ça expérimente sur scène, se trompe, ça rigole. Bref, ça vit ! Le secret de cette alchimie ? L’amitié. Après 17 ans à user leurs culottes sur les mêmes scènes, les Moriarty ont réussi à créer un véritable univers à leur image : spontané (mention à Rosemary et son « Parfois, il vaut mieux être assis à côté d’un canard… »).

crédit photo : Gaëlle Martin

crédit photo : Gaëlle Martin

Et parce que les Moriarty savent comment faire plaisir, ils nous gratifient de leurs plus grands hits, à l’image de ce « Private Lily » intemporel. Cerise sur le gâteau ? Le fameux « Jimmy » (et la pote lançant son « ooooh yes ! »). Si la musique ne guérit pas les maux, celle des Moriarty les adoucit grandement. S’il n’y avait qu’un mot à dire ? Merci.

Le mot de la fin sera pour toutes les petites mains du Festiv’art. Une organisation impeccable, un accueil et un professionnalisme dans les règles de l’art, toute l’équipe a su faire de cette huitième édition une belle réussite. Et tout ça pour zéros kopeck ! Certains grands festivals devraient en prendre de la graine…

Live report : retour sur la huitième édition du Festiv'art

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