NDLR: Il y a exactement 5 ans, pour le 4eme numéro de notre magazine, j’ai eu l’honneur d’avoir une conversation téléphonique avec Sharon Jones, une artiste que j’admire beaucoup ! Je me souviens encore de la fin de la conversation téléphonique malgré le fait qu’elle était sur la route, et moi dans mon appartement à Paris, elle a pris le temps de me poser des questions sur moi, mon rapport à la musique à la Soul et faire des blagues. Je me souviens encore de la première fois que je l’ai vu sur scène. C’était à la Cigale et j’en garde un souvenir que je chéris. Tout comme sa première partie lors du concert de Prince au Stade de France. Sharon Jones nous a quitté ce 18 novembre à l’âge de 60 ans, emportée par un cancer du pancréas. Et c’est avec une grande tristesse que j’ai appris la nouvelle. Pour ne pas oublier, se souvenir de la grande dame, grande artiste qu’elle était, je vous recommande chaudement d’écouter ses albums. Et de relire notre interview publiée en novembre 2011 lors de la sortie de l’album Soul Time! (la dernière question de l’interview a aujourd’hui une arrière goût plutôt amer).

Authentique. Pure. Intense. Voici les différents adjectifs communément utilisés pour décrire la Soul et le Funk de Sharon Jones et ses Dap- Kings. Avec Soul Time !, ils reviennent pleins d’énergie et prêts à nous faire bouger et swinguer. A travers ces 12 titres, Sharon Jones fait ce qu’elle fait de mieux, faire connaître, la Soul, l’unique.

Bonjour Sharon Jones. Tout d’abord pour vous avoir vu sur scène, tu débordes d’énergie. D’où est ce que ça te vient cette énergie ?

Sharon Jones : (Rires) Mon énergie ? Je crois que c’est un don que Dieu m’a donné.

On a eu l’occasion de te voir en première partie de Prince au Stade de France cet été, comment était-ce de l’intérieur ?

S.J : C’était comme un rêve devenu réalité. Je n’avais jamais eu la chance de le rencontrer avant cette petite tournée avec lui quand on était plus jeune. Maintenant on a tous les deux la cinquantaine. Je veux dire j’ai 2, 3 ans de plus que lui mais il a cette énergie… une bonne énergie. Il est gentil. Il nous a bien traités. On a fait l’aftershow avec Maceo Parker. Maceo a joué avec les Dap Kings. Les Dap Kings l’ont toujours admiré donc c’était comme un rêve. On était tout excités.

Les chansons sont écrites par les Dap Kings mais tu arrives à te les approprier et à les interpréter avec énormément d’émotions.
S.J: C’est parce qu’on se connaît très bien. Et quand les gars écrivent des chansons, ils écrivent des chansons pour lesquelles ils savent que je vais m’identifier. C’est parfait. Pour le prochain album, tout le monde écrit un peu. On a différents sons, différentes idées mais majoritairement c’est surtout les sonorités de la fin des années 70. On va essayer de faire quelque chose qu’on aime, en faire un album, un 45 tours, un single, quelque chose. Pour Soul Time ! On a ressorti des chansons qu’on a enregistré mais qui n’ont jamais fini sur un album. Ça fait du bien d’avoir une chance de les partager. On avait quelque chose comme 30 chansons et finalement on en a retenu 12 ou 13 pour Soul Time ! On avait de quoi faire …

Pourquoi les sortir maintenant ?

S.J: Le moment était bien choisi. Les Dap Kings se sont sentis prêts. Prêts à les laisser partir, les faire connaitre. Ils sont presque tous sur des 45 tours. Ils ne sont sur aucun album aucun CD. Il y avait les 45 tours, on sort maintenant le CD.

Lorsqu’on t’écoute on ne peut s’empêcher aux légendes de la Soul et lorsqu’on te voit sur scène à James Brown de par ton énergie. Quelles sont tes plus grandes influences?

S.J: Un peu de tout mais surtout Tina, Aretha, Diana, Patti, Mahalia Jackson, Mavis Staples, Gladys. C’est ce que j’écoutais en grandissant et c’est toujours ce que j’écoute.

Tu as commencé à chanter très jeune mais ton premier album n’est sorti que quand tu avais 40 ans. Pourquoi ?

S.J: Parce qu’aux Etats Unis, aucune maison de disques ne me trouvait intéressante. Ils disaient que je n’avais pas le look. J’ai dû attendre mes 40 ans comme tu dis pour sortir un album. Et pour cela j’ai dû trouver un label indépendant.

Plus jeune d’ailleurs, tu chantais dans des mariages. Tu te sers de cette expérience sur scène ?

S.J : (Rires) Oh non pas trop. Je suis passée de la petite fille chantant du gospel à l’église à la fille chantant dans une chorale, et de celle chantant dans une chorale à l’église à celle chantant dans la chorale au lycée. Tout cela a fait de moi ce que je suis maintenant. Pendant les mariages, je faisais des reprises du genre Britney, Aretha… Je faisais aussi Michael Jackson, ou n’importe quelle chanson qu’ils avaient envie d’entendre. (Rires) J’en suis même arrivée à chanter de Christina Aguilera ou du Jennifer Lopez. Et maintenant je ne chante que de la Soul et du R&B.

En parlant de Soul, que penses-tu de la nouvelle vague appelée le « revival de la Soul » ?

S.J : Je ne sais pas ce que les autres pensent mais c’est vrai que de plus en plus de personnes qui s’intéressent à nous. Nous avons commencé il y’a très longtemps et on n’a jamais arrêté. On fait ça depuis plus de 15 ans. Je ne pense pas que ce soit une tendance, la Soul a toujours été là. Les labels s’en rendent peut-être compte que maintenant.
Tant qu’il y’aura des artistes comme Cee-Lo Green qui continueront d’en faire, le public continuera de venir. C’est bon pour nous. La Soul n’ira nulle part, elle restera là. Ils peuvent continuer de l’appeler « rétro, rétro, rétro », on continuera de l’appeler « Soul, Soul, Soul ». Jusqu’à ce qu’ils,reconnaissent le retro dans la Soul.

Il y’a-t-il de nouveaux artistes que tu écoutes en ce moment?

S.J : Dans mon Ipod, il y’a surtout des classiques c’est ce qu’on écoute sur la route. En ce moment on roule vers la Georgie et la Caroline Du nord après.

Des artistes avec qui tu aimerais collaborer?

S.J: J’ai fait récemment une chanson avec Joe Jackson. Si un artiste a envie de collaborer avec moi, faire quelque chose, il suffit juste de rentrer en contact avec mon management. Je suis partante.

Tu te vois où dans les 5, 10 prochaines années ?

S.J  : Ouh la! Dans 10 ans j’aurais 65 ans. Je ne pense pas que je ferais autant de tournées que maintenant mais je continuerais en tout cas. J’aimerais voir notre musique, la musique Soul dans des films (rires). On mérite d’être reconnus. On a besoin de reconnaissance. C’est ce que j’espère pour le futur. J’aimerais que Daptone Records, Sharon Jones & The Dap kings soient reconnus. Quand quelqu’un dira notre nom, on lui répondra « Oui je les connais » ou « je connais leur musique ».

Propos recueillis par Wadji B.

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