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Interviewer un artiste qu’on admire n’est pas chose facile. Il y a beaucoup d’appréhensions. La peur de ne pas être à la hauteur et puis en fin de compte, on se jette à l’eau. Dire que j’admire Me’shell Ndegeocello est un euphémisme. Alors lorsque l’occasion s’est présentée, je n’ai pas tellement hésité.  Alors que son 11eme album, Comet Come To Me, s’apprêtait à être publié, je me suis entretenue avec  Me’shell Ndegeocello : une artiste fidèle à son univers, à son musique.

Now Playing : Tu es sur le point de sortir ton onzième album, appréhendes-tu toujours les sorties d’albums ?

Me’shell Ndegeocello: Non pas du tout.

NP:  Tu as dis dans une interview que cet album était totalement aléatoire…

M.N: Oui dans le sens où il n’y a pas de concept autour des chansons. Il n’y a pas de d’idées prédéfinies pour les relier. Ce sont juste des chansons que j’aime.

NP : Chaque album est fait dans un état d’esprit différent. Dans quel état d’esprit étais-tu pour Comet Come To Me ?

M.N : Oh tu sais j’ai fait cet album il y a des mois [rires] Je ne me souviens pas trop de mon état d’esprit, je t’avoue. Mais quand je l’ai fait et enregistré, j’essayais juste d’avoir quelque chose d’intéressant. Avec le groupe, on essayait juste de mettre au point de nouveaux titres.

NP : C’est sûrement une impression mais cet album sonne plus contemporain, moins intemporel comparé à des albums comme Comfort Woman…

M.N : Plus ancré dans le présent… C’est une très bonne chose.  [rires]. J’écoutais beaucoup de chansons plus modernes quand on faisait l’album, ça a du m’influencer inconsciemment. On retrouve de ça dedans. Ou peut être que dans ton esprit, ta perception est ancré dans le présent et donc tu l’as ressenti comme ça [rires]

NP : Peut être oui.. Mais une chose est sûre je le trouve un peu plus uptempo comme par exemple avec « Forget My Name » et ses sonorités reggae.

M.N : Tu l’aimes ou pas celle, tiens ?

NP : J’aime bien

M.N : J’aime beaucoup la musique dub.

NP : Alors pourquoi pas un album dub ?

M.N : Hum… Oui. je vais travailler d’ailleurs avec un groupe dessus. J’aime tellement cette musique. J’ai quelques  morceaux dub mais je me les garde pour moi.

NP : Tôt ou tard, il faudra les sortir.

M.N : [rires] Je dois attendre qu’ils soient bien ou du moins meilleurs

NP : J’ai écouté l’album plusieurs fois déjà, et mon titre préféré jusque là est « Folie à deux ». Pourquoi un titre en français ?

M.N: Mon français est tellement nul je voulais juste montrer que j’aime mon label (Ndlr: Naïve), mon public français, le pays. C’est une petite dédicace. Je voulais rendre en quelque sorte ce que vous me donnez.

N.P : De rien. Sur l’album, il y a aussi une reprise de Whodini, « Friends » Et en fait sur tous tes albums, il y a au moins 1 reprise.

M.N: C’est amusant de prendre quelque chose qui est déjà bien construit et d’en faire quelque chose de différent. C’est excitant pour moi. Comme celle de « Chelsea Hotel » de Leonard Cohen sur Weather.

NP : Elle me fait pleurer celle-là

M.N: Oui moi aussi.  Faire une reprise, ça t’ouvre. Ça te permet d’utiliser ton imagination.

NP: Mais certains auraient peur de se frotter à des icônes comme tu l’as fait avec ton album de reprises de Nina Simone

M.N : Je n’ai pas peur. J’essaie. J’essaie beaucoup de choses. La peur consume l’âme. J’essaie de le faire en respectant la musique. Mais encore, ces reprises de Nina Simone, c’est une marque de respect et j’espère que les gens ont compris le respect profond que j’ai pour elle.

NP : Et qui devrait reprendre tes chansons ?

M.N : [Rires] Je ne sais pas du tout. Je ne peux pas répondre, j’avoue. Qui tu verrais toi ?

NP : James Blake ? Bonnie Raitt ?

M.N. Oh oui, ce serait génial. très bonne idée. Je ne me suis jamais posée la question en fait. C’est intéressant comme question. Tu aimes le jazz ?

NP : Oui

M.N : Je vois bien Brian Blade, le batteur. J’adore sa voix. J’aimerais bien qu’il chante une des mes chansons.

NP : On n’a qu’à faire ça. Je m’en occupe.

M.N : Ok [Rires] « Bon chance »[rires]

NP : Donc, tu as collaboré avec des artistes incroyables. De Prince au Stones en passant par Marcus Miller, Alanis Morissette ou encore Guru. Mais, pour être honnête, il faut écouter ton EP, Article 3, pour trouver ta collaboration qui m’intéresse le plus et sûrement ma préférée. « Shirk » avec Oumou Sangaré.

M.N : C’est une de mes chansons préférées. Oumou Sangaré est une enchanteresse. Elle vient d’un autre monde. Je l’envie. Elle et Rokia (Ndlr : Traoré), je les envie tellement.

NP: Tu as déjà fait un titre avec Rokia ?

M.N : Non, j’aimerais juste jouer de la basse pour elle [Rires]

NP: Tu t’y connais en musique africaine alors ?

M.N : J’écoute beaucoup de musique africaine. Comme Doudou Rose. Il y en a tellement. Je n’ose ps prononcer leur noms pour ne pas les écorcher. Mais au niveau rythmique et mélodies, j’aime beaucoup la musique éthiopienne. la musique ouest africaine me plait énormément aussi. j’espère beaucoup aller au Sénégal. Un jour, vraiment. Et bien sûr le Cameroun. Oh comme j’aimerais y aller. La musique marocaine est vraiment spéciale, belle. Je ne peux pas oublier la musique égyptienne. Oum Khalsoum, c’est ma préférée.

NP :  Classique

M.N Elle est magnifique n’est pas ?

NP : Tout à fait ! Sur ton dernier EP live, tu parles des victimes de la musique. Tu en es une ?

M.N : Non, du tout. J’ai l’impression que je ne m’en sors pas mal. Tu commences à être une victime quand tu écoutes ce que tout le monde dit. Je ne cherche pas à être célèbre, j’espère juste gagner assez d’argent pour ma famille, pour voir le monde, mais ce qui m’intéresse vraiment c’est être créative. Donc je ne me préoccupe pas trop de l’industrie.

NP : J’ai assisté à presque tous tes shows à Paris ces 4 dernières années. Et il est vraiment épuré.

M.N : J’aimerais bien avoir des danseurs moi aussi [rires]. Je ne peux pas danser mais je peux en avoir. Il y a un phénomène en Amérique où les prestations deviennent des performances artistiques. Des expériences comme à l’époque de Yoko Ono ou Laurie Anderson . Malheureusement je ne suis qu’une musicienne.  Tu connais Anthony Joseph  ?

NP : Oui. vous êtes sur le même label d’ailleurs.

M.N Oui oui. Tu en penses quoi ?

NP  :  J’aime bien.

M.N J’aimerais bien voir ce qu’il font live. Tu l’as déjà vu ?

NP : Non pas encore malheureusement.

M.N : J’aimerais beaucoup le voir. Je passerais surement à Paris le voir. d’ailleurs, je passerais sûrement à Paris pour la tournée à la rentrée.  On verra.

NP : Et on sera là !

M.N : Oh merci. Je suis tellement reconnaissante.

NP : De rien, j’espère entendre des titres de Bitter.

M.N : Cet album est plutôt triste. Tout le monde me le dit mais la tristesse a du bon. J’aime beaucoup les émotions.

NP : Et si tu ne t’étais pas tournée vers la musique ?

M.N :  Je serais astronome, j’étudierais le cosmos.

NP . D’où le  nom de l’album ou le titre « Andromeda & the Milky Way »

M.N :  [rires] Qui sait ?

NP : OK, gardons le mystère. Quand tu penses à ta carrière, à tout ce que tu as déjà accompli, qu’est-ce qu’il te reste à faire ?  

M.N tellement de choses. Tellement de choses à apprendre. Je n’anticipe pas autant. Je suis plutôt spontanée comme personne? Un jour après l’autre.  On verra ce qui arrivera après.

Merci à Delphine Caurette et Eileen Delaunay

Me’shell Ndegeocello sera au divan du monde le 12 novembre 2014

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