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Le 4 novembre, un groupe du nom de Juniore sortait leur premier 45 tours Christine/Dans le Noir sur le label Entreprise. Ce projet mené par Anna Jean, égérie discrète de l’électro française qui a collaboré avec Bot’Ox (groupe qui a signé leur tube « Blue Steel« ) et Samy Osta, donnait un concert le mercredi 27 novembre au Silencio, à Paris. L’occasion de rencontrer les deux têtes pensantes avant leur concert où ils nous parlent de Juniore, du Label Entreprise, les perspectives d’avenir et pourquoi le projet est semblable à Brian Jonestown Massacre.

Première question: pouvez-vous vous présenter ?

Samy Osta (instruments): Alors moi, je suis Samy Osta. J’ai enregistré, mixé et produit le 45 tours de Juniore.

Anna Jean (chant, guitare): Et moi, je suis Anna Jean et j’ai monté le projet Juniore.

Alors comment vous vous êtes rencontrés ?

A.J.: Alors on s’est rencontrés au lycée, Samy et moi. Et on se connaît depuis, donc ça fait longtemps maintenant. On a participé à quelques projets ensemble, monté quelques projets ensemble aussi et jusqu’à celui-là, Juniore, pour lesquels j’ai écrit les morceaux de mon côté et j’ai retrouvé Samy et on a décidé de les enregistrer, de les arranger et de les réaliser ensemble.

Anna Jean, avant Juniore, vous avez eu quelques projets auparavant comme Domingo, collaboré avec Bot’Ox. N’est-ce pas trop dur de passer de l’anglais au français, de diversifier des styles ?

A.J.: Je pense qu’il y’a un truc assez naturel dans le sens où ce sont toujours des chansons, j’ai un goût vraiment pour la chanson. J’aime les chansons depuis toujours, je crois. Et le format change un petit peu mais c’est toujours des chansons et… Et pour le coup, Juniore, c’est né aussi d’un désir de chanter en français car c’est difficile d’écrire dans une langue qui n’est pas la même, donc c’est forcément différent et je pense que j’avais beaucoup écouté de musique en anglais jusqu’à y’a pas très longtemps enfin… J’ai écouté un peu de musique en français aussi et puis, un peu sur le tard, j’ai découvert la musique française et j’ai trouvé ça merveilleux. Donc je comprenais pas pourquoi personne ne m’avait montré que ça pouvait être aussi génial. J’ai commencé à écrire plus en français forcément et j’ai décidé que c’était important d’essayer de voir si ça pouvait marcher, de se dire si ça valait le coup de le développer et donc on a fait Juniore.

J’avais précisé aussi Bot’Ox au niveau des collaborations, en parlant d’eux, est-ce que vous avez écouté leur dernier album ?

A.J.:   Sans Dormir ? Oui bien sûr.

S.O.: On a même participé aussi, j’ai fait un titre avec eux et Anna en a fait un autre aussi [Anna Jean acquiesce].

« Blue Steel«  ?

A.J.: Non sur leur deuxième disque.

S.O.: « Blue Steel » était sur leur premier [il sourit].

A.J.: Sur le deuxième album, j’ai chanté une chanson qui s’appelle « The Face Of Another » et Samy, c’était…

S.O.: « 2.4.1« , je crois, je ne sais plus trop… Donc on a participé, c’était bien. Bot’Ox avait leur studio à côté du studio du label Third Side Records, pour qui j’étais ingé maison pendant un moment, quelques années maintenant. On était vraiment voisins, on s’échangeait nos idées, nos façons de faire puisqu’eux viennent de la techno et moi je viens plus du rock. Et donc il y’avait vraiment des liens qui se sont tissés entre nous, très simplement dans la discussion technique ou même de la culture musicale en général, des disques qu’on écoutait. C’est vraiment des gens avec qui on s’entend très bien musicalement et avec qui on avait participé sur le premier disque et sur le nouveau qui vient de sortir.

Et concernant Domingo, est-ce en suspens ?

A.J.: Oui oui c’est en suspens mais c’est quand même quelque chose que l’on reprendra.

S.O.: Oui bien sûr, on avait sorti le premier album éponyme de Domingo sur Third Side et puis on avait écrit un deuxième. Et puis après, je sais pas, la vie a fait qu’on s’est arrêtés dessus…

A.J.: On avait des boulots et puis c’était très difficile de continuer et puis…

S.O.: Mais c’était une très belle aventure pour Domingo, c’était super.

A.J.: Mais je pense qu’on continuera.

Espérons aussi ce come-back tout comme on espère que Juniore soit une grande aventure pour vous. Vous avez déjà évoqué le désir de chanter en français et on ressent vraiment une influence yé-yé en écoutant le 45 Tours. Était-ce vraiment voulu de revenir vers une époque un peu 60’s ?

A.J.: Oui complètement. J’ai grandi dans une ville qui n’avait pas beaucoup changé dans les années 60, dans les années 80-90. Tout était vraiment resté pareil. Il y avait, je pense, les mêmes personnes dans les rues et… les petits vieux à mobylette et des petites vieilles dames avec des cheveux un peu improbables. Et du coup, j’ai eu une nostalgie de cette époque un peu imaginaire parce que j’avais pas connu cette période, mais j’avais eu une vraie nostalgie. Je pense aussi à la jeunesse de mes parents, enfin il y’a un vrai truc nostalgique. Nostalgie un peu imaginaire et ça se ressent aussi dans l’enregistrement parce qu’à la fois c’était marqué par cette époque et en même temps c’est fait avec les outils d’aujourd’hui et c’est imprégné aussi – je pense- d’un esprit qui est plus contemporain de ce que je voudrais même.

Cette nostalgie se retrouve énormément sur le 45 tours, notamment le morceau « Christine » qui est un de mes coups de coeur perso.

A.J: Merci [en souriant].

Pour le 45 tours, avez-vous eu des retours ?

S.O.: Oui beaucoup.

A.J.: Oui, les gens ont été assez réceptifs.

S.O.: Tout le monde adore cette espèce de Madeleine de Proust, ce clin d’œil à l’enfance. Donc voilà, les gens sont contents [sourire].

Du coup, Samy, est-il vrai que vous jouez de la musique depuis tout petit ?

S.O.: Au fait, ma mère m’a inscrit à des cours de trompette d’abord, puis après c’était le saxophone, vu qu’elle était plus orientée jazz et aimait beaucoup John Lennon et Bowie aussi. Et puis à l’âge de 12 ans, j’ai entendu Jimi Hendrix et je me suis dit: « Ah tiens en fait, j’aimerais bien jouer de la guitare en fin de compte ! » Et j’ai commencé à y jouer vers 12-13 ans. Et après ça m’a plus vraiment quitté parce que j’arrivais à trouver une façon assez timide et j’arrivais à trouver une façon de m’exprimer avec la guitare et avec mes copains à l’époque. Et j’avais une personnalité grâce à ça. Jouer un son en musique a été un plaisir pour moi parce que c’était des moments où je me sentais pas seul en réalité. J’étais vraiment en train de faire quelque chose. Donc après la guitare, j’ai enchaîné la basse, les claviers, la batterie, tous les instruments en fait. Je crois vraiment que les instruments ont des choses à dire, même la guitare. C’est-à-dire qu’une guitare que je connais pas et que je vais prendre dans ma main, elle va me faire d’autres accords, d’autres notes. Elle va m’amener autre part parce que c’est vraiment un corps différent. Je trouve les instruments fantastiques.

Donc ce fut la nécessité d’être multi-instrumentiste, un peu comme Jonny Greenwood [Ndlr :guitariste de Radiohead, NDLR]  ?

S.O.: Exactement, oui! [sourire]

Dans ce nouveau projet  Juniore, comment vous vous départagez les choses ?

A.J.: Le projet, c’est moi qui l’ai lancé et j’ai écrit de mon côté les morceaux et ensuite avec Samy, on les a enregistrés. Mais j’avais vraiment envie de monter une équipe un peu soudée et un peu familiale. Du coup, on a invité des amies à nous à contribuer au projet, des filles qui étaient soit déjà musiciennes ou qui le sont devenues par la force des choses.

Celles dans la vidéo de la session acoustique ?

A.J.: Voilà, exactement. Donc il y’a Verana Vizendanger qui jouait dans un groupe qui s’appelait Nous Non Plus, qui est aussi un groupe marqué par les années 60 et qui m’a aussi beaucoup inspiré et sinon il y’a Laurence Thonon qui fait partie du groupe. Là, pour l’instant, on a commencé un peu seul parce que c’est comme ça qu’il fallait faire pour démarrer la machine et à l’avenir, on aimerait que ça devienne vraiment une équipe au fait. Telle est l’idée…

Le 45 tours est maintenant sorti depuis le début du mois sur le label Entreprise, label grandissant qui regroupe Moodoïd ou Lafayette, des pures révélations. Avez-vous collaboré avec eux ? Avez-vous rencontré les autres groupes du label ?

A.J.: On a rencontré les autres groupes, un peu avec Lafayette à distance parce que j’avais chanté sur une chanson de Jérôme Echenoz [Ndlr : Tacteel, son nom de scène]. Et Lafayette a fait un remix de ce morceau avec un clip qui va sortir normalement, mais c’est vraiment chouette…

S.O.: [à Anna]: Il sort ce soir, non ?

A.J.: Ce soir, je crois, oui. Et lui a participé à ce projet et moi, on l’a pas vraiment fait ensemble mais sinon Moodoïd, on avait joué avec lui 2-3 fois et…

S.O.: On a joué tous au Trabendo. Il y’avait une soirée Entreprise au Trabendo et il y’avait Moodoïd, Lafayette et d’autres.

A.J.: Et le truc sympa du label, c’est qu’il y’a vraiment un côté famille. J’ai l’impression que leur choix ne se fait pas que pour la musique mais se fait aussi pour un truc d’affinité. Tout le monde n’est pas forcément copain mais pourrait l’être, en tous cas. On pourrait tous être copains, on pourrait partir en vacances ensemble, je pense. [rires]

C’est vrai que le label est orienté vraiment psyché, je pense à Moodoïd dont, en plus, leur EP a été mixé par Kevin Parker de Tame Impala. Vous aussi vous auriez voulu avoir un EP ou un premier album produit ou mixé par quelqu’un de reconnu ?

S.O: Ouais, carrément mais je sais pas qui par contre.

A.J: Moi, je ne crois pas. Je crois qu’on a déjà un producteur qui nous faut, enfin c’est mon avis. Avec la notoriété qui faut aussi. En tout cas je pense qu’une personne aurait mieux fait, c’est ma conviction.

Le label sortira leur première compilation All-Stars en décembre. Doit-on s’attendre à quelque chose d’énorme pour la suite ?

A.J.: Oui elle est sortie mais je crois que pas mal de projets vont sortir, dont on est au courant, je crois.

S.A.: Y’aura plein de petits trucs, ils sont en train de développer tout un catalogue. [se tourne vers Anna] Mais ça fait un an qu’il existe le label, non ?

A.J.: Un an depuis le mois de septembre.

S.O.: Oui voilà un an, mais c’est tout jeune comme label, donc ils continuent à découvrir des artistes qui veulent mettre dans leur crew, voilà.

Concernant le label Entreprise, pourriez-vous le considérer comme un futur label reconnu de tous ?

S.O.: Espérons, oui ! Dans l’idée, c’est ça. C’est le concept un peu expérimental, de créer un catalogue de musique française qui se résume à…

A.J.: A pas de genre du tout, en fait.

S.O.: Voilà, à essayer de rendre nouveau même ce qui est vieux. Et dire par exemple, personnellement Juniore, je le compare au Brian Jonestown Massacre, dans cet exercice de style. Et Moodoïd, c’est quelqu’un qui a su mettre la musique psychédélique anglo-saxonne en français. Blind Digital Citizen, c’est comme si Bashung ait pris du LSD et était quelqu’un d’assez noir, plus noir de ce qu’il était déjà. Ils ont quelque chose de Bashung en tout cas mais en plus poussé, bizarre et Entreprise est vraiment là-dessus. Le label cherche vraiment des gens qui aiment créer, expérimenter des choses nouvelles.

Ce soir, vous allez jouer au Silencio. Vous allez jouer d’autres morceaux autres que ceux issus du 45 tours également ?

A.J.: Exactement et on continue à écrire, à peaufiner, donc on est encore tout jeunes, c’est tout nouveau et on espère peut-être l’année prochaine continuer à sortir d’autres 45 tours et éventuellement un album quand on sera prêts.

Et ce soir, vous allez être à deux ou à plusieurs à interpréter les morceaux ?

A.J.: Au fait, pour l’idée initiale de Juniore, on ne sait pas si on pourra faire en sorte que ça marche à long terme mais l’idée, c’était de faire en sorte d’avoir une formule un peu fluctuante et que pour les concerts ne soient jamais les mêmes et le faire avec des gens, c’était plus important pour moi donc faire de la musique avec des gens que j’aime vraiment, des amies, des gens avec qui je suis à l’aise et des gens avec qui il y’a des vraies affinités musicales. Et donc c’est ça, des fois, on pourra être 2 ou 8 et que ça marche à chaque fois, on voulait monter ce genre de projet avec différentes formules mais où tout le monde aura une place importante. L’idée est de faire une formation avec plein de filles, mais je pense plus que c’est un projet très féminin, plus féministe et un peu « macho ». L’idée, c’est ça, de faire participer des filles, de faire parler les filles.

Samy sera le seul garçon sur scène alors…

A.J.: C’est le chef d’orchestre ! Ça fait un peu misogyne de dire ça mais je dis ça juste parce qu’il est doué [sourire].

Ok et si il y’a des albums qui vous ont marqué cette année, ce serait lesquels ?

[petit moment de silence]

A.J.: [s’adressant à Samy] Que dirais-tu, toi ?

S.O.: Cette année, hum…

A.J.: The Oh Sees, par exemple.

S.O.: Ah oui ! Leur album Floating Coffinpas mal.

A.J.: Et La Luz aussi, qui est un groupe de filles aussi.

Ouais, je connais, mais leur album n’est pas encore sorti en France. 

A.J.: Ouais, c’est pas mal du tout. Sinon j’aime bien Moodoïd, je trouve ça chouette également.

Y’a quelque chose de Tame Impala là-dedans, est-ce à cause du mixage, je ne sais pas…

A.J.: Moi, je pense plus que c’est voler la vedette à Pablo. En tout cas ce que je trouve super, c’est son écriture qui a un côté fantaisiste.

Un peu comme Melody’s Echo Chamber ?

A.J.: Voilà mais un peu différent, je trouve. Il a un truc… C’est un hippie des temps modernes et je trouve ça cool.

Et si il y’aurait un ou des albums que vous attendez en 2014 ?

[réfléchit un court instant]

Les deux: Les Mister.

A.J.: Ils vont sortir un album très prometteur.

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