Deux années se sont écoulées depuis la sortie de Tetsuo & Youth, l’album qui a réconforté une large partie de ses adorateurs de la première heure et Lupe Fiasco (nous en avions parlé ici à l’époque). On s’est dit (nous les fans) qu’avec cet ultime album au sein du diabolique label Atlantic Records, le rappeur de Chicago quittait pour de bon les méandres dans lesquels il était plongé depuis une dizaine d’années. Il s’est même dépêché d’annoncer une trilogie suite à ce départ tant attendu : DROGAS Light, DROGAS et Skulls.

Cependant, si les fans de Mr. Fiasco ont appris une chose avec le temps, c’est prendre ses annonces avec des pincettes, et à juste titre (annonces passées pour des albums comme LupEND ou encore The Cool 2). Fin décembre 2016, suite à son freestyle « N.E.R.D. » dans lequel il critique indirectement Lyor Cohen (l’un de ses anciens patrons chez Atlantic Records) mettant notamment en jeu dans la provocation sa religion juive, les propos de Lupe sont qualifiés d’antisémites par le blog DJ Booth. Suite à cela le rappeur dément formellement, s’emporte avec colère et annonce via Twitter qu’il annule ses trois albums et ne sortira plus aucun projet. Pourtant, DROGAS Light nous arrive bel et bien, un peu de nul part, ce 10 février 2017.

« Light », non pas comme lumière mais comme une version légère de DROGAS, qui est d’après ses dires un chef d’œuvre sur lequel il travaille depuis 5 ans. Doit-on comprendre que DROGAS Light est une collation de 10h pour caler une petite fringale ? On va l’espérer car clairement, cet album n’est pas une réussite. Pire, c’est une régression totale par rapport à son ainé de 2015. Des instrumentales électro-pop (« High (Interlude) », « It’s Not Design ») et des refrains insipides qui ressemblent à tout et à rien en même temps (« Wild Child », « Pick Up The Phone »).

Des lots de consolation sont parsemés ici et là, on peut citer « Promise » sur lequel Lupe se lance dans une caricature de trap et s’essayant au « mumble rap ». Ce n’est pourtant pas si mal. Rick Ross vient à la rescousse également sur « Tranquillo » mais c’est Big K.R.I.T. qui vole la vedette, et pas qu’un peu. On salue aussi la belle alchimie que l’on découvre entre Lupe Fiasco et Ty Dollar $ign, sur « Kill », même si le rappeur est bien discret sur ce titre de 7 minutes qui ressemble davantage à un single du chanteur pour lequel Lupe pose 8 petites mesures, curieux.

Though the time dead and gone, is YOLO what we on?
I heard different, it’s never too late to listen and be reborn
Young n*gga, young n*gga, young n*gga, go be reborn
Peace and understanding is what you should be on

DROGAS Light n’est sûrement pas le digne héritier de Tetsuo & Youth. On y reconnaît davantage le piteux univers de Lasers, pire album de Lupe Fiasco à ce jour sur lequel il s’était déjà aventuré à du hip-pop insignifiant. C’est d’ailleurs sans surprise qu’on apprend que cet album est en réalité constitué de leftovers de ces projets passés. Pire, le rappeur avance que DROGAS Light est un « refinement of Lasers » (littéralement une « amélioration » donc, bon…).

La question qui découle de tout cela est la suivante : Pourquoi sortir ce projet ? Quel est le sens ? Se plaindre toutes ces années de son label qui lui aurait plus ou moins imposé des titres racoleurs pour ensuite faire le même type de musique aseptisée. Le non-sens est total et l’incompréhension est à son paroxysme. Lupe a annoncé que la trilogie initiale était devenue un diptyque (exit Skulls). Il aurait également dû rayer cet album médiocre de ses tablettes. Un projet constitué de rebuts, qu’un artiste qualifie de lui-même de « mitigé » (car oui, Lupe Fiasco chronique ses propres albums) ne devrait jamais être proposé à la vente. Cela ressemble davantage à du mépris envers le public. Le rappeur reconnaît même avoir retiré toute chanson trop lyricale ou lourde en thème abordé, en les gardant pour DROGAS, et conserver ce ton « light » pour cet album.

Fermons donc les yeux, soufflons un bon coup en réécoutant Tetsuo & Youth en attendant DROGAS, son « chef d’œuvre ». Impossible de savoir si Lupe Fiasco mérite autant de patience de la part de son public, nombreux sont ceux qui l’ont déjà abandonné… pourtant ces déceptions n’ont pas encore totalement atteint le niveau de son talent démesuré.

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A propos de l'auteur

Evidji
Rédacteur Hip-Hop

Camé au hip-hop depuis le plus jeune âge, j'aime aussi les animaux et la bonne bouffe.

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