Lors de notre première rencontre avec Daniel Woolhouse, nous le découvrions hagard, marchant comme un condamné avec pour menottes des ballons de baudruches (cf le clip de « Union »). Une allégorie maligne exprimant le calvaire d’un homme à l’âme lourde, subissant les injonctions au bonheur comme des coups de fouets. Il se faisait alors appeler Deptford Goth et composait des chefs-d’œuvre de pop dépressive.

Nous ne sommes donc pas surpris de le voir revenir à l’automne, au vent mauvais.

Pourtant quelque chose a changé : l’artiste s’est débarrassé de son alias et signe ce What’s that sound ? sous son propre patronyme. Une affirmation d’identité qui accompagne un tournant artistique : si l’on retrouvera ça et là des compositions froides et épurées dans le plus pur style de Deptford Goth (« Map Of The Moon » ou « Forest Further »), le reste des morceaux de l’album se veut plus accessible. Plus rassurant, presque. On sent une volonté de la part de Woolhouse d’insuffler de la vie à sa musique. D’étoffer l’orchestration, de ne pas rester dans le tout digital. Sa voix aussi est plus incarnée, moins spectrale.
Puis on y entend des sonorités plus familières, plus proches des standards de la pop grand public. Quitte à parfois frôler dangereusement des accents à la Gotye (« What’s that sound ?») ou à la Coldplay (le refrain de « Soup for Brain »). Certains morceaux auraient certainement aussi gagné à plus de dénuement. Mais on ne saurait tout à fait parler de véritables fausses notes, tant il s’agit de gouttes d’eau dans un océan de raffinement.

Et ces nouvelles chansons, peut-être moins singulières pour certaines, n’en sont pas moins profondément touchantes. Et ce pour plusieurs raisons. D’abord, parce que l’écriture élégante et viscérale de Woolhouse touche toujours droit au cœur. Ensuite, parce que cet album signé de son vrai nom semble paradoxalement avoir été écrit pour les autres. Les textes de ces chansons constituent une sorte de confession. Presque des excuses. Celles d’un mec qui fait comme il peut. Comme une lettre ouverte à ceux qu’il aime et qui l’aiment, que ce soient ses proches ou son public. Il y parle frontalement de son alcoolisme, de sa prise d’antidépresseurs, de sa lutte pour « reprendre le contrôle » (dans « Soup for Brain »). Mais là encore, les textes se veulent finalement rassurants. Parce que cet album est celui d’une renaissance (Life, let me back in, sur « Forest Further »).
Et ce qui est touchant, c’est que les quelques maladresses qu’on y trouve ça et là sont presque celles d’un nouveau-né qui s’adapte à un monde qu’il découvre. Celui de la pop des « vivants ».

Le mot qui conclut l’album est d’ailleurs un « life » appuyé, scandé. L’affirmation de l’identité de Daniel Woolhouse sur cet opus, c’est donc aussi l’affirmation du choix de vivre. Envers et contre tout.

Daniel Woolhouse (aka Deptford Goth) revient. Et ça va (un peu) mieux.

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