Cela faisait des mois, bien avant le vidéoclip de « L.A. Counting« , que nous étions dans la confidence à propos d’un album collaboratif entre le duo de producteurs parisiens Union Analogtronics et Blu, MC indépendant en provenance de Los Angeles. Sans plus d’informations jusqu’alors, il n’y avait que notre imagination qui nous chuchotait la promesse d’un résultat à la hauteur. Et il l’est.

Cheetah in the City réunit deux villes, deux styles, deux continents et plusieurs genres simultanément. Drôle de rencontre au départ quand on y réfléchit. Blu est un rappeur très respecté pour son parti pris artistique et sa volonté farouche de rester un artiste libre indépendant. La preuve, son album NoYork n’est finalement jamais sorti en major. C’est un rappeur atypique qu’on connaît généralement sur des samples de soul et de jazz, mais très peu sur des instrumentaux avant-gardistes comme ceux de OJ et Gold de Union. Mais sur NoYork, Blu s’est essayé à poser sur des beats electro-hop et les Union Analogtronics ont collaboré sur leur brillant premier album avec des pointures du rap indépendant comme MF Doom, Elzhi ou Moka Only. Voilà qui fait des atomes crochus.

La première piste de Cheetah in the City est le single « L.A. Counting« . Ce morceau fonctionne judicieusement comme une introduction, il invite à appuyer sur ‘bass boost’ (ou ‘surround’) avec ces grosses basses à faire bondir un Hummer par dessus lesquelles contrastent les sonorités électro, et compte également sur un refrain efficace. Sur cette dynamique, Blu nous fait la visite guidée de la Cité des Anges sur « Whatever« , là encore avec un gros travail sur le refrain. Quand la Ville Lumière se marie avec le soleil de Californie, ça donne ça, ou d’autres tracks comme « Sunny » ou le tout autant rayonnant « City Dreams » avec le crooner Olivier Daysoul. Cheetah in the City est élégant, moderne et en même temps, très ancré dans la réalité parfois dure que décrit notre rappeur qui sort les crocs face à cette jungle urbaine et hostile. L’énergie solaire qui émane du disque incite le teneur du microphone à être moins lymphatique qu’à l’accoutumée, écrivant quelques lignes parfois gangsta-rap comme sur le nostalgique « Weekends » (bien vu les cuivres), facette qu’il avait montré sur son double-LP Good To Be Home.

Les synthétiseurs luminescents des Union Analogtronics font des merveilles, comme sur « The Factory » et plus significativement sur le über funky « Don’t Trip » (en compagnie du funkmaster Dam-Funk qui chante le refrain) avec son finish incroyable et cosmique. Sur une note tout à fait différente, le refrain de « French Kiss » sonne très français, et plutôt trois fois qu’une avec cet accompagnement de clavecins et une interprétation pop-rétro que l’on peut penser inspiré de Gainsbourg. Entre la capitale et L.A., les trois hommes font escale à Detroit sur « Lynx » (‘links’) pour se connecter avec Frank-N-Dank et Phat Kat.

Cette alliance inédite entre beats hiptronic (avec une once de funk) made in France et d’un flow cainri à la plume inspirée aboutit à cet album à la qualité impeccable, diversifié et enthousiasmant. Cheetah in the City de Union Analogtronics x Blu est un de nos gros coups de cœur de l’année.

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