Si on nous avait déclaré très sérieusement en janvier que Donald Glover, alias Childish Gambino, marquerait 2016 avec une telle oeuvre, bien au-dessus des nouveaux bébés de Frank Ocean, peut-être qu’on aurait fait défiler cette affreuse année en appuyant sur ‘fast-forward’ jusqu’à cette sortie. Et si, en plus, on nous avait vous dit qu’il s’agissait d’une merveilleuse lettre d’amour à la P-Funk… on aurait redoublé d’effort pour se retrouver en ce 2 décembre 2016, jour de l’avénement d’Awaken My Love.

La surprise est multiple. Il y a l’effet déjà, de surprise, avec l’annonce sans préavis de ce troisième album tant souhaité, vu qu’il n’y avait pas d’échéance précise. Suivie de la surprise à l’écoute, de la découverte, de l’inattendu le plus absolu. La première expérience avec Awaken, My Love! est relativement déroutante, et c’est peu de le dire. À défaut de nous sortir de notre zone de confort, il y a ce quelque chose de hautement magnétique qui appelle notre âme à se perdre dedans, quand enfin, sans prévenir, vient l’extase, ce qu’on peut appeler l’orgasme auditif, pour ceux qui y sont réceptifs. Donald Glover est comme transfiguré à travers cet opus psychédélique, il n’a plus le visage de ce rappeur qui flirtait à la vue de toutes et tous avec l’émo-r&b sur Because the Internet.

En réalité, personne, à part Childish Gambino et ses musiciens, ne s’attendait à ce que Awaken, My Love ‘régénère’ la P-funk, cette funk déviante apparue durant les années 70 avec les groupes mythiques Parliament et Funkadelic sous l’égide du génie excentrique George Clinton et qui ont influencé tout un pan du gangsta-rap californien durant les années 90. En tout cas, si on devait mettre une étiquette de genre à cette oeuvre, ce serait dans ce style-là Le code et les charmes de cette musique, rien n’a été omis dans cette reproduction à la sauce 3e millénaire, avec bien sûr la musicalité et la sensibilité de l’auteur et de son fidèle producteur Ludwig Göransson qui le suit depuis Camp. On ne réalise pas forcément au début qu’on écoute un album de P-Funk, quand la guitare rock psychédélique accompagne les chœurs sur le premier extrait « Me And Your My Mama« , tellement on croirait apercevoir le divin avec ce déferlement de puissance soul. Les choses se précisent sur « Have Some Love » et sur « Zombies » avec un Childish chantant comme s’il était possédé. Quitte à muter, Donald est passé de rappeur à temps partiel à un CDD de chanteur/compositeur.

Ce n’est alors pas une surprise de retrouver le nom du papa du P-Funk George Clinton parmi les auteurs de « Riot » ou des inspirations du standard « I’d Rather Be With You » de son bassiste (et chanteur) Bootsy Collins sur « Redbone« . D’autres influences plus récentes s’amalgament à l’intérieur de ce projet, un peu de Kanye West, une once de Sa-Ra Creative Partner (« Baby Boy« ) pour ce côté créatif décomplexé. Sur le plan musical,on retrouve du Black Messiah de D’Angelo qui amène cette touche presque animal, Lenny Kravitz pour la voix/guitare, ou bien du Janelle Monae pour la qualité des arrangements et la forme néo-rétro. Ça promet des sessions live mémorables. Un fragment d’âme de Prince vogue aussi quelque part dans l’esprit de ce Awaken, My Love. Notons la participation de Gary Clark Jr à la guitare sur « The Night Me And Your Mama Met« . Aux côtés de très grands morceaux comme le second single « Redbone » et « Terrified« , downtempo r&b 80s qui semble jaillir de la période post-disco, il y a ce titre un brin insolite « California« . Pour finir, le triptyque « Stand Tall » nous met à genou et achève l’album de la plus belle des manières.

Childish Gambino est officiellement devenu un chanteur et un musicien parfaitement accompli. Et si on ajoute le fait qu’il a aussi créé un des événements télévisuels de l’année avec sa série Atlanta qui lui vaut d’être nominé aux Golden Globes dans la catégorie ‘meilleur acteur [masculin] de série TV’… Et qu’il incarnera sur grand écran Lando Calrissian (jeune) dans le film Star Wars dédié à Han Solo… Pas de toute, Donald Glover ne monte pas que dans les aigus, il monte en puissance.

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